Ici je vais tenter de recenser tout ce qui a pu me marquer au cours de ces trois mois. Comment sommes nous, Français, perçus par les Lettons et les Russes ? Comment travailler et négocier ? Comment se comporter ?
Petit eclaircissement avant de commencer. Quand je dis Lettons et Russes, c'est effectivement car j'ai croisé pas mal de Russes en Lettonie, j'ai donc eu l'occasion de discuter avec les uns et les autres, mais aussi d'établir des différences ou des similitudes.
1 - N'arrivez pas les mains dans les poches et la tête vide !
Ce que je vous dis là prend d'ailleurs un sens assez particulier dans les pays de l'est. Tous ces pays étant fortement marqués par la culture Russe. Il est assez courant de retrouver des valeurs communes qui puissent être transposées dans les pays de la Baltique. Or, il se trouve que la France et les Français sont particulièrement bien perçus dans ces pays. Pourquoi ?
Pour bien vous expliquer de quoi il retourne, je vous propose un extrait de l'analyse interculturelle Franco-Russe que nous avons réalisé en cours (Auteurs : DE JAHAM Amaury, DIEF Sami et CALNEGRY Stanislas).
"De multiples facteurs historiques rapprochent la culture Russe de la culture Française. Par exemple, leurs cultures sont basées sur la Bible et l’Antiquité. A part quelques cas particuliers, les pratiques culturelles sont les mêmes, ce qui exclut les conflits de représentations. Historiquement, les Russes ont beaucoup emprunté au Français, tant linguistiquement que dans leur valeurs. Premier point, la langue Française est effectivement assez courante en Russie. Les Russes aiment parler Français, ils apprécient cette langue et la culture qui y est associée. Durant ces derniers siècles, Français et Russes ont vécu plusieurs guerres ou périodes de rapprochement qui ont consolidé ce lien. On cite souvent le roman-fresque de Léon Tolstoï «Guerre et paix» ou de nombreuses conversations sont écrites en français, dès la première page. Très tôt, les idées de Voltaire, Rousseau, Diderot, Montesquieu, Helvétius ont pénétré le milieu intellectuel et culturel du pays. L'impératrice Catherine la Grande, elle aussi, se passionnait non seulement pour les oeuvres des grands philosophes français mais aussi pour l’étude du français. A l’époque, les élites Russes aimaient d’ailleurs emprunter les « bonnes manières à la Française »."
Sans aller plus loin, vous comprendrez donc deux points fondamentaux :
- les Russes (et les Lettons) connaissent mieux la France que nous connaissons la Russie et la Lettonie. Notons cependant que pour beaucoup, ils n'ont que des représentations un peu vieillottes correspondant plutôt au 19eme et 20eme siècles.
Du côté Français, on m'a souvent fait des réflexions du style "tu vas dans un pays pauvre et sous développé", preuve que nous n'avons finalement que peu d'ouverture et de connaissances sur les pays de l'est (je vous rappelle que la Lettonie est dans l'UE !!).
- alors que, coté Français, on observe surtout les rapports pas toujours faciles au niveau gouvernemental, la critique démesurée et la médiatisation négative de la société Russe ou encore l'ensemble des représentations stéréotypées sur la Russie, mafia, comportement violent, alcoolisme…(encore une fois, je tiens à préciser que toutes ces représentations stéréotypées, qu'elles soient justifiables ou non, sont essentiellement le fruit d'incompréhensions entre les cultures). Il semble au contraire que, côté Russe, nous sommes presque surestimés.
En tant que Français, si vous voyagez dans ces pays et que vous prouvez votre intérêt pour la culture et l'histoire locale. Les gens vous apprécieront d'avantage (et seront de plus très flattés qu'un Français prenne la peine de s'intéresser à tout cela).
J'aimerais enfin vous citer un exemple personnel pour illustrer mes propos :
un de nos clients (un russe particulièrement énervant) s'amuse à me sortir tout un tas de références ridicules à chacune de nos rencontres. Il a l'air très passionné de "chanel number five" comme il dit si bien (et ça a l'air de lui plaire !). Pour ma part, je trouve cela tout à fait pathétique, même si ses réflexion montrent qu'il aime le côté Français, c'est la preuve qu'il a une image de la France totalement à l'ouest (ou plutôt à l'est...) de ce qu'elle est réellement (no offense for Chanel ), et qu'il ne prend même pas la peine de creuser le sujet.
Imaginez qu'à chaque fois que je le rencontre je lui dise "mafia Russe et caviar", cela serait quelque chose de particulièrement offensant pour un Russe. D'une part car je n'aurais pas pris la peine de m'intéresser à ce qu'est réellement son pays, d'autre part parce que j'en diffuserais une image négative (notons que la corruption est tout de même plus présente en Russie qu'en France... mais c'est un autre débat).
2 - "Les Lettons sont malpolis et chapardeurs, on ne peut pas travailler avec eux"
Bien loin de vouloir confirmer cette accusation (chacun se fera son propre avis), je vais ici me poser la question suivante : "qu'est ce qui fait qu'un Français puisse en arriver à une telle conclusion ?".
Comme toujours, commençons par replacer l'idée dans son contexte. La Lettonie n'a obtenu son indépendance qu'en 1990. Avant cela, le pays à connu divers périodes d'occupation (Suédoise, Allemande, Russe et j'en passe...). Durant toutes ces périodes, les Lettons ont été opprimés et il fallait sans cesse lutter contre l'autorité en place. Exemple : si un Letton voulait quelque chose, il ne fallait pas demander, il fallait le prendre, point !
Pour ce qui est du "malpolis", je dirais simplement que c'est une vision typiquement Française que de rajouter des formules de politesse à tout bout de champs, ainsi, lorsqu'on arrive dans un pays ou les notions de courtoisie, de politesse ne sont pas les mêmes, on a l'impression que les gens sont malpolis. Je préciserais enfin que, une fois qu'on a été mis en contact avec un Letton (c'est à dire une fois les présentations passées), on découvre un caractère très polis et gentil. Il n'est simplement pas dans les moeurs de dire bonjour à tout le monde et de se faire la bise.
Ensuite, toute cette culture se retraduit aujourd'hui en entreprise par ce qu'un Français verrait comme "de la paresse", "un caractère incontrôlable", "une necessité de surveiller constamment" et j'en passe.
Les Lettons ont simplement une idée de l'autorité qui est différente de la notre. L'autorité en place n'est pas la uniquement pour organiser (comme on pourrait le voir en France) mais surtout pour contrôler et punir. C'est d'ailleurs pourquoi il ne faut pas se laisser faire.
Autre point important, le rapport aux temps et les enjeux qui s'en suivent. Un Letton fonctionne à court terme, comme je l'ai déja dit, pendant toutes ces périodes d'occupation et d'instabilité, on ne savait pas de quoi serait fait le lendemain, il fallait donc viser des objectifs à court terme.
Transposition en entreprise : un Letton pique dans la caisse (sans vouloir faire de généralités, c'est quelque chose qu'on retrouve assez souvent) sans même se soucier un instant de la pérennité de l'entreprise, ou même de savoir si il gardera son job (à noter que la Lettonie n'a pas vraiment connu le chômage jusqu'à la crise qui fait son apparition depuis 2008).
Comment réagir ?
Bien entendu, pour un Français, tout cela peut paraître particulièrement énervant, et on aimerait faire autre chose que courir après ses employés. Raisonnons autrement...
Les Lettons fonctionnent à court terme et ne comprennent pas les enjeux à long terme tels que la pérennité de l'entreprise :
- découpez le travail au maximum, représentez à vos employés les objectifs à court terme pour chaque tâches qu'ils auront à entreprendre et expliquez leur en détail les tenants et les aboutissants. Impliquez les, motivez les, montrez leur en quoi ils sont utiles et gratifiez leur travail.
Les Lettons piquent dans la caisse, je suis obligé de les punir (retrait sur le salaire) à plusieurs reprises mais ça ne fonctionne pas donc au final je les vire :
Ils piquent dans la caisse ?
- évaluez les pertes engendrée et baissez le salaire de base d'autant dès l'embauche.
- autre solution, donnez leur un objectif mensuel ("je veux un bénéfice de 1000 lats à la fin du mois", notons qu'il s'agit d'un objectif à court terme), à la fin du mois, vous aurez votre bénéfice de 1000 lats, et le reste, qu'ils auront piqué, tombera dans leurs poche quoi qu'il en soit.
- Une autre parade efficace qui se pratique beaucoup ici est de mettre quelqu'un de confiance (souvent de la famille) aux postes clefs, c'est à dire ceux ou il y'a de l'argent en jeu.
3 - La négociation
J'ai été amené à négocier aussi bien avec des Lettons qu'avec des Russes. Existe-t-il des différences entre les deux ? Vraisemblablement oui, et ce que je vais dire ici pourra aussi bien être retraduit dans la vie de tous les jours.
A l'inverse, la négociation avec les Russes se passe différement. Alors qu'un Letton vous cédera très facilement un "oui mais", vous aurez de plus grosses difficultés à obtenir un "oui" d'un Russe. Par contre, quand vous avez le "oui", vous l'avez ! (idem pour le "non"
Sur ce, je met fin à la négociation !
Vous avez maintenant ce qui me semble être les bases pour venir travailler en Lettonie.
